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Henri IV - le règne interrompu

Ecouter les morceaux de musique

Noires fureurs ombres sans corps

Pierre Guédron

Source musicale : ‘Pierre Guédron : Le consert des consorts’ ; Le Poème Harmonique ; dir. Vincent Dumestre ; Alpha ‘Ut pictura musica’ 019 (2002).

Légende

Ce récit de Pierre Guédron, dans lequel la déclamation est modelée au plus près sur la parole pour en souligner le sens, est considéré comme l’un des premiers récitatifs français. Il est extrait du Ballet de Monseigneur le duc de Vendôme (ou Ballet d’Alcine) qui, dansé au Louvre puis à l’Arsenal en janvier 1610, fut le dernier grand ballet du règne d’Henri IV. À la fin du ballet, Alcine, dont les sortilèges maléfiques ont été vaincus par « la seule veuë du plus grand Roy de la terre », revient sur le théâtre. Maudissant ses démons d’avoir failli dans leur tâche, elle reconnaît sa défaite devant le monarque, spectateur d’une victoire que sa seule valeur a garantie : « Alcine et sa suite retournoient, marchant d’un nouveau pas, d’une autre façon, vestues d’autres habits et d’autres couleurs : laquelle tenoit une petite baguette d’or en sa main, et ses Nymphes portoient des instrumens differens aux premiers ; ayant toutes eu le loisir de rechanger, elles entroient dans la salle, regardant ça et là, avec des gestes furieux et menaçans, d’une façon altiere, d’un regard tranchant : et d’Alcine, avec gestes fort estranges, marchoit impatiente, ores en devant, tantost au milieu, puis derriere, sans ordre et sans mesure : toutesfois les gestes, et de la teste, et de la baguette, s’accordoient à la cadance desdits instrumens : ainsi elles arrivoient toutes devant le Théâtre, où cessans de sonner, Alcine recitoit (en chantant et sonnant d’une pandore, que luy presentoit l’une de ses dites Nymphes) les vers qui s’ensuivent… Les douzes Nymphes, sonnant et chantant toutes ensemble ce refrain à la fin de chacun couplet, se retiroient en après vers ladite forest, comme tristes et esperduës, où estans rentrées avec Alcine, alors elles et ladite forest disparoissoient... » (Ballet de Monseigneur le duc de Vendôme, Jean de Heucqueville, 1610).

Compositeur

Pierre Guédron

v. 1565-1620

Le benjamin des trois grands compositeurs de la cour d’Henri IV est né à Châteaudun vers 1565 ou 1567. Contrairement à ses aînés Claude Le Jeune et Eustache Du Caurroy, Pierre Guédron ne s’illustra que dans le domaine de la musique profane, dont il devint rapidement un des principaux maîtres.

C’est en 1583 que son nom apparaît dans les archives pour la première fois : il est cité parmi les cinq chantres de la Chapelle de Louis II de Guise, cardinal de Lorraine, venus se produire au puy de musique d’Évreux en 1583, où il chanta « la haute-contre fort bien », bien qu’il fût « en mutation de sa voix », c’est-à-dire âgé d’environ 15 à 18 ans. La date de son arrivée à la Cour est inconnue. Peut-être rejoignit-il les chantres de la Musique du roi après la mort du cardinal de Lorraine, en 1588. Les comptes de la Cour ne mentionnent son nom qu’en 1599, comme Maître des enfants de la Musique de la Chambre. Il devint Compositeur de la Musique de la Chambre au plus tard en mars 1601, en remplacement de Claude Le Jeune, mort l’année précédente. Il allait obtenir la consécration sous le règne de Louis XIII, en obtenant en 1613 les charges de Surintendant de la Musique de la Chambre du roi et de Maître de la Musique de la reine mère Marie de Médicis, cédant sa charge de Maître des enfants à son gendre Antoine Boesset (1587-1643). Guédron se fit rapidement un nom en développant de manière décisive l’air de cour, genre musical profane à la mode dont il devint rapidement le maître incontesté. Après quelques pièces insérées discrètement dans des anthologies anonymes (1595, 1596 et 1597), Ballard publia en 1602 le premier recueil exclusivement consacré aux airs du musicien, marquant ainsi le début de sa notoriété. Guédron fournit également la musique les airs et récits vocaux des principaux ballets dansés à la cour de France entre 1598 et 1620, du Ballet des Étrangers au Ballet d’Alcine. Considéré comme le meilleur artisan de l’avènement de la monodie accompagnée en France, il mourut dans le courant de l’année 1620, vers le 9 juillet.

185 de ses airs de cour et de ballet nous sont parvenus, dans des versions à 4 ou 5 parties ou pour voix et luth, parues dans des recueils anthologiques ou monographiques à partir de 1595. La plus grande partie figure dans six recueils polyphoniques signés de l’auteur et publiés par Ballard, « imprimeur du roy pour la musique », entre 1602 et 1620.

Texte

Noires fureurs, ombres sans corps,
L’effroy des vivans & des morts :
Trompeuse bande que j’appelle,
Impuissante où bien infidelle.
Allés Démons, foibles esprits,
Je vous quitte & tiens à mespris.

La presence de ce grand Roy,
Et tant de beautés que je voy
En charmes divins si fertilles,
Ont rendu les miens inutiles.
Allés Démons…

Ainsi tout mes efforts derniers
Pour arrester des prisonniers
Dont j’avois changé le visage,
En vain seront mis en usage.
Allés Démons…

J’auray donc au fonds de ces bois
Si souvent du son de ma voix
Rendu la nature esbahie,
Pour me voir à la fin trahie.
Allés Démons…

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