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Henri IV - le règne interrompu

L’air de cour

Genre emblématique de la musique française profane de la fin du XVIe siècle et de la première moitié du XVIIe siècle, l’air de cour est en vérité un terme assez générique, qui témoigne à lui seul de l’empreinte et de l’acceptation par les milieux mondains et lettrés d’un genre vocal d’origine populaire, le vaudeville, basé sur les principes d’un strophisme musical simple qui facilitait une meilleure compréhension du texte poétique, répondant ainsi parfaitement aux idéaux humanistes de la fin de la Renaissance. D’abord composé à 4 ou 5 parties dans un style volontiers vertical et homophone, l’air de cour offrait ainsi une alternative moderne au contrepoint savant de la chanson polyphonique, qui jusqu’ici dominait en France le paysage musical profane.

Si le terme « air de cour » apparut pour la première fois en 1571 dans une publication musicale (Airs de cour mis sur le luth par Adrian Le Roy, Paris, Le Roy & Ballard), s’il est possible de déceler les tous premiers exemples d’airs strophiques dès la fin des années 1550 et que quelques recueils polyphoniques des dernières années du XVIe siècle témoignent de l’engouement alors naissant pour ce genre dérivé tant de répertoires populaires que des recherches humanistes de l’ Académie de Poésie et de Musique, c’est bien sous le règne d’Henri IV que l’air de cour connut le début de son âge d’or.

Rapidement, les meilleures sociétés se plurent à chanter aussi bien les poèmes mondains et spirituels que les propos légers et paillards des « chansons » que les recueils d’airs mêlaient pour le plaisir de tous : se côtoyaient des pièces d’inspiration sérieuse peignant de manière omniprésente les différentes passions amoureuses, des airs de louanges ou dédicatoires, des pièces monodiques ou chorales extraites des grands ballets dansés à la cour, des récits pour voix seule accompagnés au luth, des saynètes en dialogue, des psaumes et prières en français, des chansons à boire ou à danser, etc.

En 1602, Ballard publia le premier recueil d’airs de cour du premier grand compositeur du genre, Pierre Guédron (ca 1565-1620), qui fut Maître de la Musique de la Chambre du roi sous Henri IV avant de devenir Surintendant de la Musique de la Chambre au début du règne de Louis XIII (1613). Ses Airs de court [sic] mis à 4 & 5 parties (Paris, Veuve R. Ballard & son fils P. Ballard, 1602) inaugurèrent une importante politique de diffusion du genre, en interaction avec une production considérable assurée par des compositeurs généralement attachés aux cercles officiels. La majorité des airs de cour parurent alors simultanément dans les deux principales collections de musique profane du temps : dans des recueils monographiques, la première proposait la version la plus savante, à 4 ou 5 voix, en parties séparées ; la seconde, dont les volumes anthologiques parurent de 1608 à 1643, donnait une version pour voix seule et tablature de luth. En touchant un public plus large et en répondant à un engouement sans cesse croissant, cette seconde version aida le genre à évoluer de manière décisive vers la monodie accompagnée.

Musique subtile capable d’exprimer les sentiments les plus délicats, l’air de cour fut incontestablement le genre musical le plus novateur et le plus moderne du règne  d’Henri IV. Il devint rapidement l’emblème des ruelles, salons ou cercles lettrés où naquirent de nouvelles règles de civilité, basées notamment sur l’art de la conversation, qui allaient considérablement s’affiner à la fin du règne pour atteindre leur apogée sous Louis XIII.

Médias associés à cette fiche

Titre du média : Pierre Guédron, Si le parler et le silence

Partition de Pierre Guédron
© BnF
Légende :
P. Guédron, Si le parler et le silence (Airs de différents auteurs mis en tablature de luth…, Paris, P. Ballard, 1608). Bibliothèque nationale de France
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