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Henri IV - le règne interrompu

Le procès et l’énigme

Une fois conduit à l’Hôtel de Retz tout proche, l’interrogatoire du régicide commence. Il se poursuivra plus tard à l’hôtel du duc d’Épernon, puis à la Conciergerie du Palais, dans l’île de la Cité, où il est transféré le dimanche 16 mai. Au cours des 10 jours suivant l’assassinat, l’accusé subit quatre interrogatoires. Le premier est mené le jour même du régicide, par les présidents Jeannin et Bullion, conseillers d’État. Les suivants sont menés par le premier président du parlement Paris, Achille de Harlay, flanqués de divers conseillers. On veut surtout connaître les motivations, les complicités et les éventuels commanditaires, car on ne peut se résoudre à penser que Ravaillac a pu agir seul. Le peuple de Paris a tôt fait de désigner les coupables : ce sont les Espagnols ou les Jésuites, ou les deux. La résidence de l’ambassadeur d’Espagne et la Compagnie doivent être protégées.

Pourtant, alors que les interrogatoires sont entrecoupés de séances de torture insupportables, le tueur ne démord pas de sa version : il a agi seul, sans autre aide que celle de Dieu. Il se rend compte maintenant de la gravité de son acte. Aux juges venus le faire parler, il avoue « avoir fait une grande faute, dont il demande pardon à Dieu, à la Royne, à Monsieur le Dauphin, à la cour et à tout le monde qui en peut recevoir préjudice ». Mais il conserve une confiance inébranlable en Dieu et s’en remet à sa bonté pour être sauvé de l’enfer : « A dit qu’il a desplaisir de l’avoir commis, mais, parce qu’il est fait pour Dieu, luy fera la grâce de pouvoir demeurer jusqu’à la mort d’une bonne foy […] et qu’il espère que Dieu est plus miséricordieux et sa Passion plus grande pour le sauver, que l’acte qu’il a commis pour le damner ». Même condamné à mort, même soumis une dernière fois au supplice des brodequins le jour de son exécution, Ravaillac reste constant et ne dévie pas de sa version initiale.

Cette thèse, que l’on pourrait désigner « du tireur isolé », ne convainc pas des juges horrifiés par la gravité de l’acte et ses conséquences. Il faut dire que certains faits sont troublants. Depuis plusieurs semaines, voire des mois, des bruits courent dans le royaume et dans les cours européennes de la prochaine mort du roi de France. On emprisonne un prévôt de Pithiviers, qui annonce la mort du roi au moment même où ce dernier est transpercé du couteau de Ravaillac. On se remémore aussi les multiples tentatives auxquelles Henri a échappé et l’on a tôt fait d’accuser Marie de Médicis et les Concini qui auraient tenté, en commanditant le meurtre, de mettre un terme à la politique anti-Habsbourg du roi. On découvre surtout, a posteriori, que nombre de signes et de prodiges avaient précédé la mort du roi. Même Nostradamus l’avait prévue lorsque, dans la prophétie première de la cinquième centurie, il écrivait : « Avant venue de ruine Celtique / Dans le temple deux parlementeront / Poignard cœur, d’un coursier et pique /  Sans faire de bruit, le Grand enterreront »… En réalité, comme tous les grands assassinats de l’histoire qui préservent une part d’ombre, la mort d’Henri IV a fait l’objet de nombre de théories, de nombre d’interprétations. Pourtant, il semble bien qu’elle soit le fait d’un fanatique isolé, mû par l’air du temps vicié par les théories du tyrannicide et les rumeurs infondées.

Médias associés à cette fiche

Titre du média : Horoscope d’Henri IV

Horoscope d’Henri IV
© RMN / René-Gabriel Ojéda
Légende :
Horoscope d’Henri IV, dessin, anonyme, XVIIIe s. Musée national du château de Pau, P94-3-1

Titre du média : L’assassinat d’Henri IV et le supplice de Ravaillac

L’assassinat d’Henri IV et le supplice de Ravaillac
© Musée national du château de Pau / Jean-Yves Chermeux
Légende :
L’assassinat d’Henri IV et le supplice de Ravaillac, gravure par Conrad Cordoys. Musée national du château de Pau, Inv. P. 71.33.1.
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